Serbie

Road trip de 15 jours en Août 2025

La Serbie est un pays à la croisée des influences balkaniques, austro-hongroises et ottomanes, un carrefour culturel entre l’Orient et l’Occident et historique au cœur des Balkans.

Encore inconnue des touristes, elle a pourtant beaucoup d’avantages. Entre les rues animées de Belgrade, la capitale vibrante et cosmopolite, et les ruelles pittoresques de villes comme Novi Sad, le voyage promet alternance entre urbanité et tranquillité. Mais la Serbie, ce n’est pas seulement des villes : c’est aussi des paysages spectaculaires qui invitent à la détente, à l’aventure ou à l’émerveillement. On peut espérer mêler découvertes culturelles, flâneries dans les vieilles villes et escapades en pleine nature.

Ce voyage de quinze jours aura été une véritable immersion où chaque journée promet une nouvelle découverte.

Jour 1 : Voyage vers Belgrade

Nous partons vers 8h30 de l’aéroport Charles-de-Gaulle pour notre vol en direction de la Serbie. À part Air Serbia, particulièrement chère, aucune compagnie ne propose de vol direct vers Belgrade ; nous transitons donc par Munich et atterrissons autour de 17h, avec un vol légèrement retardé.

Nous mettons un temps fou à trouver notre location de voiture, finalement repérée sous l’indication « garage ».

Depuis l’aéroport Nikola Tesla — baptisé ainsi en hommage au célèbre scientifique serbo-américain (sa nationalité est toujours discutée étant donné qu’il est né plutôt sur des terres croates)— le trajet est assez court. Il traverse une partie de la vieille ville pour rejoindre notre immeuble situé derrière la forteresse de Kalemegdan.

Le quartier que nous avons choisi, au nord de Belgrade, au bord du Danube, est entièrement résidentiel et typique des constructions des années 1960-70. Bien que les bâtiments paraissent délabrés de l’extérieur, l’intérieur de notre appartement est superbe, avec une magnifique vue sur le Danube. Nous faisons quelques courses avant de dîner à notre appartement.

Jour 2 : Vieille ville de Belgrade

Depuis notre appartement, nous regardons le soleil se lever sur le Danube. Nous partons explorer la vieille ville de Belgrade (ou Stari Grad), dont le nom signifie « ville blanche » en référence à la pierre claire qui composait les anciens remparts. Belgrade est une ville habitée depuis plus de 7000 ans.

Nous commençons par la forteresse de Kalemegdan, située dans un immense parc du même nom. Cette forteresse, au cœur de l’histoire serbe, est l’un des sites les plus anciens du pays : construite à partir de l’époque romaine, elle fut ensuite modifiée par les Byzantins, les médiévaux serbes puis les Ottomans. Sa position dominante, à la confluence du Danube et de la Sava, était stratégiquement cruciale.

Nous déambulons entre les pavillons de la ville basse, visitons la tour de l’horloge et le musée militaire dans la ville haute, où se succèdent de nombreux chars, canons et avions. Depuis l’esplanade, la vue sur la confluence est superbe. Nous nous arrêtons devant la statue du « Pobednik » (“le Victorieux”), symbole iconique de la ville, érigée pour célébrer la victoire serbe sur l’Empire ottoman.

En sortant du parc, nous passons devant l’Ambassade de France, celle d’Autriche, la cathédrale Saint-Michel (l’un des principaux lieux de culte orthodoxe de Belgrade, abritant les tombeaux de plusieurs princes serbes), le musée du Patriarcat et la maison-palais de la princesse Ljubica, un très bel exemple d’architecture serbe du 19ème siècle.

Nous poursuivons dans la célèbre rue piétonne Knez Mihailova, classée comme monument culturel d’importance exceptionnelle, puis sur la Place de la République où se trouve le Musée National. Nous finissons sur la Place des Étudiants, actuellement en travaux.

Nous déjeunons chez Proleće, restaurant typiquement serbe. Pour ce premier repas, nous goûtons une assiette d’entrées locales, des ćevapčići (kebabs allongés) et une pljeskavica (mélange de plusieurs viandes hachées grillées).

L’après-midi, nous traversons le quartier de Dorćol pour une pause à l’appartement. En fin de journée, nous repartons vers le quartier bohème de Belgrade. Nous empruntons la superbe rue Gospodar Jovanova jusqu’à l’église Alexandre Nevski, puis rejoignons Skadarlija, réputée pour ses restaurants traditionnels, sa musique tzigane et son ambiance artistique héritée des débuts du 20ème siècle. Un verre à Jedno Mesto, dans la rue parallèle Cetinjska, conclut très bien la soirée.

Jour 3 : Découverte de Belgrade autrement

Ce matin, nous partons avec Yugo Tour et notre guide Philippe pour un tour intitulé Rise and Fall of a Nation, consacré à l’histoire de l’ex-Yougoslavie.

Après un passage au Rocket Coffee, nous montons dans une Zastava rouge, voiture emblématique de la Yougoslavie, produite à Kragujevac sur la base d’un modèle Fiat.

Notre première étape est le camp de concentration de Staro Sajmište, installé en 1941 dans l’ancien parc des expositions. C’est l’un des lieux les plus sombres de l’histoire locale : avant la mise en place des chambres à gaz fixes, les prisonniers juifs étaient enfermés ici puis transférés vers des camions à gaz.

Nous poursuivons vers le Musée d’Art Contemporain (1965), building moderniste majeur, puis le SIV ou Palais de la Fédération, centre administratif du gouvernement yougoslave. Aujourd’hui, le bâtiment accueille encore certains ministères.

Nous nous arrêtons ensuite au pied de la tour Genex, deuxième plus haut bâtiment de Belgrade. Construite en 1977, elle est un symbole de l’architecture brutaliste. À son sommet, un restaurant rotatif — aujourd’hui abandonné — reliait les deux tours.

Nous passons ensuite par les “blocs” de Novi Beograd (60-61-63-23), immenses ensembles résidentiels construits pour incarner l’urbanisme socialiste et conçus pour fonctionner de manière autonome.

La dernière étape du matin est le mausolée de Tito, appelé Maison des Fleurs. Ce lieu hautement symbolique permet de comprendre l’histoire et la structure politique de la Yougoslavie de 1944 à 1980. Il borde le Musée du 25 mai, dans un quartier verdoyant et élégant. Le musée abrite de nombreux uniformes, objets et cadeaux de chefs d’état fait au dirigeant yougoslave.

Nous déjeunons ensuite au restaurant SFRJ, au bord de la Sava : sarmas, salade grecque et kobasice (saucisses serbes). L’endroit regorge d’objets historiques liés à l’ex-Yougoslavie.

L’après-midi, nous visitons le Temple de Saint-Sava, l’une des plus grandes églises orthodoxes du monde, dédié à Sava, fondateur de l’église orthodoxe russe. Nous avons eu également l’occasion d’aller au temple en ancien tramway (ligne n°10). Son architecture s’inspire de la basilique Sainte-Sophie de Constantinople. Les mosaïques intérieures sont monumentales. Nous y assistons même à une messe. Le temple récemment terminé a été financé par le Kremlin.

En fin de journée, nous apprécions une pause bière artisanale au Krafter.

Jour 4 : Frontière hongroise

Nous quittons Belgrade en direction de Subotica, ville proche de la frontière hongroise. L’autoroute, toujours très droite, nous prend environ 1h45.

Nous faisons un arrêt au lac Palić, station balnéaire développée à la fin du 19ème siècle, où les villas sécessions à l’architecture romantique et les promenades ombragées en font un lieu typiquement austro-hongrois. La station abrite également un zoo, l’un des plus beaux des Balkans.

Subotica n’est qu’à cinq minutes de route. Nous déjeunons au restaurant Basch House 1887, coup de cœur du séjour. La cuisine est fortement influencée par la gastronomie hongroise et austro-hongroise. Nous mangeons une wiener schnitzel et un goulash.

Subotica appartient à la province autonome de Voïvodine, région multiethnique où le serbe et le hongrois sont langues officielles. La ville est l’un des plus beaux ensembles Art nouveau d’Europe centrale.

Nous visitons la synagogue de Subotica, chef-d’œuvre de l’Art Nouveau hongrois construit en 1902, puis le musée de la ville, le marché, la cathédrale et surtout l’hôtel de ville (1912), un bijou de Sécession hongroise. Nous terminons sur le Palais Raichle, bâtiment emblématique à la façade colorée.

En fin de journée, nous reprenons la route vers les hauteurs du parc national de Fruška Gora, jusqu’au village de Vrdnik, où se trouve notre maison pour les 3 prochains jours.

Jour 5 : la Fruska Gora

Aujourd’hui, nous restons dans les environs pour visiter le parc national de la Fruska Gora, l’un des plus anciens parcs nationaux de Serbie. Cette montagne, surnommée parfois «Sainte Montagne serbe», est connue pour abriter une vingtaine de monastères orthodoxes fondés pour la plupart entre le 15ème et 18ème, lorsque les moines fuyaient les invasions ottomanes.

Nous commençons par le monastère de Jazak, qui est le plus proche de notre lieu de résidence, mais nous nous heurtons malheureusement à une porte fermée. Ce monastère, reconstruit au 18ème siècle, est pourtant l’un des plus importants du parc, notamment parce qu’il abrite les reliques du tsar serbe Stefan Uroš V, dernier souverain de la dynastie des Nemanjić.

Nous traversons le parc d’ouest en est pour aller visiter ceux de Novo Hopovo et Staro Hopovo, distants de seulement deux kilomètres. Les deux monastères, liés historiquement, portent d’ailleurs des noms signifiants « Nouveau » et « Ancien ».

Novo Hopovo, situé dans un virage, est un très bel ensemble dans lequel on rentre par un porche. Le monastère fut fondé au 15è siècle et joua un rôle majeur dans la culture et l’éducation serbe. Il est dit que le célèbre réformateur serbe Dositej Obradović y aurait étudié. Derrière le porche se trouvent l’église et un bâtiment en U où logent encore les moines aujourd’hui. Nous pouvons circuler librement dans la cour, mais il nous est interdit de monter dans les étages.

Un peu plus loin, au bout d’une route en cul-de-sac, nous arrivons à Staro Hopovo, dont l’entrée se fait en voiture par une immense porte en pierre. C’est l’un des plus anciens monastères de Fruska Gora, probablement fondé au 15ème siècle. Une fois passé le portail, on découvre une petite église entourée d’une atmosphère très paisible. Les moines vivent ici dans des bâtiments modernes situés un peu plus haut.

Enfin, nous nous arrêtons au monastère de Vrdnik, certainement l’un des plus jolis, situé dans le village du même nom. Son clocher baroque et ses murs clairs en font un site particulièrement photogénique. Le monastère de Vrdnik abritait autrefois les reliques de Saint Procope, aujourd’hui déplacées, mais il reste un lieu important de pèlerinage.

Nous finissons l’après-midi en profitant de notre maisonnette, du soleil et de la piscine.

Jour 6 : Découverte de Novi Sad

Aujourd’hui, c’est la visite de Novi Sad, deuxième ville du pays et capitale culturelle de la province autonome de Voïvodine. La ville est réputée pour son mélange d’architectures austro-hongroise, baroque et serbe, ainsi que pour son atmosphère plus douce et tranquille que Belgrade.

Nous garons la voiture dans le centre, proche du parc du Danube, et décidons de visiter l’autre rive : la ville de Petrovaradin.

Pour l’atteindre, nous traversons le pont arc-en-ciel, reconstruit après avoir été détruit par l’OTAN en 1999 lors des bombardements de la guerre du Kosovo. La vue depuis ce pont sur la forteresse de Petrovaradin est exceptionnelle.

Nous arrivons par Podgrađe, la ville basse, avec ses ruelles anciennes et son église Saint-Georges. Quelques dizaines de marches nous attendent pour grimper jusqu’à la forteresse.

La forteresse de Petrovaradin, surnommée « le Gibraltar du Danube », est une immense fortification construite au 17ème siècle par les Autrichiens pour repousser les Ottomans. Elle abrite un réseau souterrain de tunnels long de près de 16 km, encore aujourd’hui en grande partie inexploré. Tout en haut, nous faisons le tour des bastions, visitons la fameuse tour de l’horloge, dont l’aiguille des heures et celle des minutes sont inversées — une particularité conçue pour que les bateaux sur le Danube puissent lire l’heure de loin. La vue depuis les remparts sur le Danube et sur Novi Sad est superbe.

Nous retraversons le pont et nous dirigeons vers la place de la Liberté, entourée de l’Hôtel de Ville, de la Banque Nationale et de la grande cathédrale catholique du Nom-de-Marie, reconnaissable à son haut clocher néo-gothique.

Nous déjeunons chez Spajz, superbe découverte avec son menu du jour bon marché et sa déco agréable. Il y a même un coin enfants, ce qui est parfait pour une pause familiale.

Après le déjeuner, nous visitons l’église orthodoxe Saint-Nicolas, l’une des plus anciennes de la ville, et la rue Laze Telečkog, surnommée « la rue de la soif », connue pour ses bars et son ambiance étudiante. Elle croise la belle rue pavée Mite Ruzica, typique de la Voïvodine.

Nous continuons en montant tout en haut de la rue Zmaj Jovina et trouvons le lycée serbe, le palais épiscopal et l’église Saint-Georges, siège de l’évêché orthodoxe. À côté se trouve la place de la République, où se tient le marché Riblja pijaca, prisé pour ses produits locaux.

Nous traversons ensuite le parc du Danube sous une chaleur écrasante et nous arrêtons boire un jus frais à Wake Up Juice, juste devant la porte Sainte-Catherine, vestige du système défensif autrichien.

Avant de reprendre la voiture, nous faisons un détour pour admirer la synagogue de Novi Sad, construite au début du 20ème siècle dans un style Art nouveau.

Jour 7 : En route vers les gorges du Danube

Aujourd’hui, nous entamons une journée de transition puisqu’on prend la route vers l’est du pays, en direction de la frontière roumaine, là où le Danube dessine le tracé naturel séparant les deux pays. La route est longue, mais l’idée d’un changement d’ambiance nous motive.

Nous décidons de faire un premier arrêt à Smederevo, ville située directement sur le Danube, connue pour sa forteresse médiévale remarquable. La forteresse de Smederevo a été édifiée entre 1428 et 1430 par le despote serbe Đurađ Branković pour prendre le relais de Belgrade comme capitale du Despotat de Serbie, après qu’il ait dû restituer Belgrade aux Hongrois. 

Nous visitons les remparts — l’enceinte est encore en grande partie accessible gratuitement, seules certaines sections restaurées nécessitent un petit ticket d’entrée. Cette forteresse, de forme triangulaire, s’étendait sur plus de 11 hectares, ce qui en faisait l’une des plus vastes fortifications médiévales des Balkans. 

Après cette immersion dans le passé, nous déjeunons en centre-ville, dans un restaurant typiquement local, Jamb. Le menu, non traduit, nous offre quelques saucisses, kebabs et salades — simples, goûteuses, à des prix très abordables. Nous prenons même un doggy bag pour notre repas du soir.

Après le repas, nous flânons un peu dans Smederevo. La ville, au-delà de la forteresse, révèle un charme tranquille avec un bel Hôtel de Ville sur la place principale et l‘église Saint-Georges qui lui fait face. Ces bâtiments témoignent de l’histoire plus récente de la ville, qui a su rebondir après de nombreuses vicissitudes.

Nous reprenons ensuite la route vers notre destination finale : Golubac. Le voyage est retardé par de nombreux travaux sur la route, ce qui nous fera perdre du temps. Mais lorsque nous arrivons enfin, la récompense est là : une maison charmante au bord du Danube, avec un grand parc, devant, une promenade vue sur le fleuve et la forteresse en arrière-plan. C’est notre lieu de villégiature pour les deux prochains jours ; l’endroit parfait pour poser nos bagages.

Jour 8 : Gorges du Danube

La route des gorges commence à Golubac et descend assez loin, jusqu’à la zone où le Danube passe définitivement du côté roumain. Ce secteur est l’un des plus impressionnants du fleuve et constitue le cœur des Portes de Fer, un défilé naturel de 134 km considéré comme l’une des plus longues et plus belles gorges d’Europe. À certains endroits, les falaises mesurent plus de 300 mètres de haut et le fleuve se resserre parfois jusqu’à seulement 150 mètres de largeur.

Nous n’en faisons qu’une partie, car la route impose de faire l’aller-retour, mais le trajet vaut à lui seul la découverte : tantôt le Danube s’élargit majestueusement, tantôt il se resserre dramatiquement entre deux falaises verticales, offrant des panoramas spectaculaires.

Au niveau des Iron Gates / Portes de Fer, le fleuve se contracte à nouveau. Avant la construction du barrage dans les années 1970, cet endroit était considéré comme l’un des plus dangereux du Danube en raison de ses rapides et de ses rochers affleurants. Aujourd’hui, la navigation y est apaisée, mais la beauté du lieu reste intacte. Nous passons sous 22 tunnels creusés dans la montagne — certains très courts, d’autres plus impressionnants, pour permettre à la route de suivre les reliefs escarpés.

Nous faisons également des arrêts au point où nous décidons d’opérer un demi-tour. De là, nous apercevons côté roumain le monastère Mraconija, construit à flanc de falaise. Cet endroit est surnommé “le monastère sous l’eau” car l’ancien bâtiment fut englouti par le Danube lors de la mise en service du barrage hydraulique des Portes de Fer en 1972. Le monastère actuel fut reconstruit après 1990.

Toujours sur la rive roumaine, nous voyons la tête de Décébale, immense sculpture de 55 mètres de haut taillée dans la roche. Elle représente Décébale, dernier roi des Daces, peuple ancien de Roumanie. Cette statue monumentale, la plus grande sculpture de pierre d’Europe, fut réalisée entre 1994 et 2004.

Pour ceux qui ont plus de temps, la région se découvre aussi très bien en bateau : cela permet de s’approcher des falaises, du monastère, ou même de profiter d’une vue unique sur la tête de Décébale. Il est aussi possible de passer côté roumain pour explorer l’autre rive et ses villages.

À notre retour vers Golubac, nous déjeunons au restaurant Svilen Konac, une très bonne adresse locale. Nous commandons du fromage grillé, une assiette de charcuterie et du poulet aux courgettes. Nous sommes seuls dans le restaurant lorsque l’orage éclate soudainement : une pluie violente recouvre tout le paysage, et nous devons attendre quelques minutes que cela se calme avant de repartir.

Nous allons ensuite visiter la forteresse de Golubac, située à seulement cinq minutes en voiture. Mais l’orage ayant causé une coupure d’électricité, nous devons patienter un peu avant d’entrer.

La forteresse de Golubac, récemment restaurée grâce à un financement de l’Union Européenne, est l’une des plus belles fortifications médiévales de Serbie. Construite au 14ème siècle à l’entrée des Portes de Fer, elle contrôlait autrefois le passage sur le Danube. Ses neuf tours, de hauteurs et styles différents, trônent spectaculairement au pied des falaises. Il existe plusieurs parcours de visite, classés par niveaux de difficulté : certaines tours exigent une bonne forme physique et un équipement spécial. Avec un enfant, nous nous arrêtons au premier parcours, mais cela suffit largement : nous pouvons voir trois tours ainsi que l’ancien palais, tout en profitant d’une vue splendide sur le fleuve. Nous terminons notre journée en nous baladant dans les jardins le long du Danube.

Jour 9 : Traversée vers le Sud

Après une belle promenade le long du Danube devant notre maison, nous partons vers le sud, plus particulièrement vers la région des monastères, très connue en Serbie pour abriter plusieurs fondations médiévales importantes, liées à la dynastie des Nemanjić.

La route étant longue, nous décidons de prévoir un arrêt autour de Kragujevac, situé à mi-chemin. Cette ville industrielle est connue pour abriter l’usine automobile Fiat Serbia, héritière de l’usine Zastava, longtemps symbole de l’industrie yougoslave. Une statue représentant une voiture à l’entrée de la ville rappelle d’ailleurs ce passé industriel très fort.

Même si Kragujevac a une histoire tragique liée au massacre de 1941 (plus de 2 700 civils exécutés par l’occupant allemand — aujourd’hui commémoré au Mémorial de Šumarice), nous ne nous y arrêtons pas plus longuement que pour la pause déjeuner.

Nous trouvons un centre commercial où se trouve l’enseigne Kafeterija. On nous en avait parlé en bien, mais finalement cela ressemble plus à un Starbucks serbe qu’autre chose : cafés, frappés, ambiance moderne, sans grand charme local.

Nous reprenons la route vers Kraljevo, dont le nom signifie « la ville des rois ». La ville porte ce nom car c’est ici qu’étaient traditionnellement couronnés les rois serbes au Moyen Âge, notamment dans les monastères environnants.

Nous nous dirigeons plus précisément vers Žiča, à seulement cinq minutes en voiture de Kraljevo. Le monastère de Žiča est l’un des lieux les plus importants de l’histoire serbe. Fondé au début du 13ème siècle par Saint Sava et son frère, le roi Stefan le Premier Couronné, il fut le premier siège de l’Église orthodoxe serbe autocéphale. On dit que c’est ici que furent couronnés les premiers rois serbes, ce qui lui vaut son surnom : “la Maison des Couronnements”.

Les extérieurs du monastère sont en travaux, mais cela ne gêne en rien notre visite. L’église, reconnaissable à ses murs rouges caractéristiques, est splendide. L’intérieur abrite des fresques anciennes témoignant du rôle crucial du lieu dans la culture médiévale serbe.

Après cela, nous découvrons avec bonheur que notre gîte est situé à seulement quelques minutes de route, légèrement en direction de la montagne. Il s’agit d’un ensemble de trois maisonnettes appartenant à un propriétaire charmant et très accueillant. L’endroit est calme, verdoyant, parfait pour se ressourcer après cette journée de route. Nous en profitons pour nous reposer l’après-midi, avant de dîner tranquillement dans notre petit chalet.

Jour 10 : Vallée de l’Ibar

Après le petit-déjeuner, nous partons en direction de la vallée de l’Ibar, également appelée la Vallée des Rois car elle regroupe plusieurs des monastères les plus importants de Serbie, fondés entre le 12ème et le 14ème siècle par les rois de la dynastie Nemanjić.

Il nous faut environ une heure pour atteindre Studenica, et nous préférons le visiter en premier car de nombreux touristes locaux s’y rendent. La route est agréable mais parfois étroite, longeant des falaises impressionnantes.

Le monastère de Studenica est magnifique : fondé en 1190 par Stefan Nemanja, père de la dynastie médiévale serbe, il est considéré comme l’un des joyaux de l’art médiéval serbe et est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Son église principale, dédiée à la Présentation de la Vierge, est construite en marbre blanc avec un style mêlant influences byzantines et romanes. À l’intérieur se trouvent certaines des plus belles fresques serbes du 13ᵉ siècle, dont la célèbre “Crucifixion”.

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons en contrebas de la forteresse de Maglič, perchée sur une colline au-dessus de la vallée. Construite au 13ème siècle pour protéger l’accès à Studenica, elle est considérée comme l’un des plus beaux châteaux médiévaux du pays. Pour y accéder, il faut normalement traverser la rivière Ibar à l’aide d’un petit bac géré par des bénévoles, puis grimper un sentier pentu. Mais vu l’heure avancée et le caractère irrégulier des traversées, nous préférons ne pas tenter l’ascension.

Nous rentrons profiter de notre maisonnette et du très beau temps autour des bassins.

Le soir, nous dînons au gîte. Nous sommes les seuls, mais le repas est fantastique : l’hôte nous prépare des légumes grillés (champignons, courgettes, poivrons), une salade de feta et tomates, et les fameuses ćevapčići (kebabs allongés) accompagnées de kajmak, le fromage local crémeux typique de Serbie. Le tout pour un prix vraiment très compétitif : 2 400 RSD.

Jour 11 : les montagnes serbes

Nous prévoyons cette fois une longue étape car nous devons grimper en altitude pour rejoindre les montagnes de l’ouest du pays. Direction Zlatibor, l’une des régions touristiques les plus populaires de Serbie, connue pour ses villages traditionnels, ses randonnées, ses grottes et son air de montagne réputé “thérapeutique” depuis l’époque austro-hongroise.

La route est longue et nous rencontrons des bouchons. Il nous faudra environ 2h45 pour atteindre le village de Sirogojno.

Sirogojno est un ethno-village, un musée en plein air reconstituant la vie rurale serbe des 18 et 19ème siècles. On y trouve des maisons traditionnelles en bois, une école, un four à pain, des ateliers, et de nombreuses reconstitutions de scènes de vie quotidienne. L’entrée coûte 500 RSD, et permet d’entrer dans chaque habitation. Ce musée est particulièrement connu pour ses tricots traditionnels, les fameux “pulls de Sirogojno”, exportés dans le monde entier dans les années 80.

Nous déjeunons sur place au restaurant de l’ethno-village, où nous testons des spécialités locales très typiques : polenta au kajmak, rakija (l’alcool fort national), et des plats rustiques de montagne.

Après le village, nous reprenons la voiture pour visiter la grotte de Stopića, également payante (900 RSD). Pour atteindre l’entrée, il faut descendre un escalier assez long.

La grotte est connue pour ses “cascades de tufs” — des formations calcaires uniques créant des vasques naturelles étagées. Lors des pluies importantes, ces vasques peuvent se remplir d’eau chaude, ce qui donne un aspect spectaculaire.

La dernière étape du jour est Zlatibor, où nous séjournons pour les trois prochaines nuits. Nous avons choisi le 21st Century Zlatibor Residence et prenons possession d’un appartement moderne et confortable avant d’aller profiter de la piscine de l’hôtel.

Nous nous baladons ensuite dans Zlatibor avant le dîner. La ville ressemble beaucoup à certaines stations de montagne alpines : boutiques, chalets modernes, restaurants, et une ambiance très familiale autour du lac central.

Jour 12 : Mokra Gora

Après un super petit-déjeuner à l’hôtel, nous partons pour Mokra Gora, située à environ 45 minutes de route. C’est ici que circule l’un des trains touristiques les plus célèbres du pays : le Šargan Eight (Šarganska Osmica).

Ce train est une ancienne ligne de montagne construite sous la Yougoslavie au début du 20ème siècle. Il doit son nom “Eight” à sa forme en chiffre 8, qui lui permettait de franchir de très forts dénivelés sans crémaillère. À l’origine, le train reliait la Bosnie à Belgrade via Sarajevo. Aujourd’hui restauré, il fonctionne comme attraction touristique, parcourant un tronçon de 15 km avec tunnels, viaducs et panoramas exceptionnels.

Nous arrivons vers 10h00 mais, pour le train de 10h30, toutes les places assises sont déjà prises. Nous refusons les places debout et décidons de regarder le départ du train depuis le qua. Malheureusement, nous n’avions jamais réussi à réserver en avance — impossible sur Internet, et aucune billetterie ne semble proposer de réservation.

Après le départ du train, nous filons à la gare suivante pour tenter de le suivre. Par chance, nous tombons nez à nez avec lui plus haut dans la montagne : une scène très amusante ! Une fois le train passé, nous traversons et montons encore un peu, ce qui nous permet d’atteindre un belvédère offrant une superbe vue sur la ligne et les montagnes environnantes. Nous décidons d’attendre le retour du train, environ 30 minutes, en nous promenant dans la nature.

Nous nous dirigeons ensuite vers Drvengrad, le village construit par le réalisateur Emir Kusturica. Le village, aussi appelé Küstendorf ou “le village en bois”, a été entièrement fabriqué pour les besoins de son film « La vie est un miracle ». C’est un ethno-village assez esthétique, mais l’ambiance fait un peu “Disneyland”, notamment avec les 4 ou 5 restaurants présents sur un espace très réduit. On y trouve aussi une église en bois et un musée du cinema. L’entrée est payante.

Nous rentrons ensuite à notre appart-hôtel pour profiter du spa et de la piscine. Nous terminons la journée à Zlatibor avec une glace à Feniks, avant de faire le tour du lac de la ville dans une ambiance de fin d’après-midi très agréable.

Jour 13 – Parc National de Tara

Nous profitons de la matinée à la piscine, où c’est beaucoup plus calme qu’en fin de journée, puis partons autour de 10h30.

Nous nous dirigeons vers le Parc national de Tara, situé complètement à l’ouest de la Serbie, à la frontière avec la Bosnie-Herzégovine. Ce parc, créé en 1981, est l’un des plus beaux du pays : forêts denses, lacs, gorges vertigineuses, ours bruns protégés et points de vue spectaculaires. Il porte le nom du mont Tara, massif montagneux célèbre depuis l’époque médiévale pour son isolement et sa nature préservée.

Notre premier arrêt est la célèbre Maison sur la Drina (Kućica na Drini). L’histoire est simple : en 1968, un groupe de jeunes décida de construire une petite cabane sur un rocher au milieu du fleuve Drina, qui sert de frontière naturelle entre la Serbie et la Bosnie. Plusieurs fois détruite par les crues ou les inondations, elle a été reconstruite encore et encore, devenant une icône photographique du pays. Aujourd’hui, elle apparaît même sur certaines affiches touristiques officielles de Serbie.

Nous repartons ensuite un peu plus dans les terres, vers les montagnes, pour visiter le monastère de Rača. Niché entre plusieurs collines et entouré d’une nature luxuriante, ce monastère du 13ème siècle fut fondé par le roi serbe Stefan Dragutin. Il abritait autrefois un important centre de transcription médiévale : c’est ici que travaillaient les célèbres “moines copistes de Rača”, qui ont préservé une grande partie de la littérature serbe du Moyen Âge. Le lieu, discret et isolé, dégage un charme paisible et un côté presque secret.

Nous nous dirigeons ensuite vers le barrage du lac de Perućac, qui marque l’entrée officielle du Parc national de Tara. Le lac est artificiel, créé en 1966 sur la Drina, mais il est devenu l’un des plus beaux paysages de la région. Nous payons le droit d’entrée du parc puis montons dans les hauteurs : c’est là que les vues sont les plus spectaculaires, avec le relief découpé du lac entouré de forêts denses.

La route des hauteurs traverse ensuite le parc d’ouest en est. Nous faisons plusieurs courts arrêts, notamment à Mitrovac, un petit plateau entouré de pins, puis au lac Zaovine, un lac d’altitude très clair qui alimente une centrale hydroélectrique et dont la région est célèbre pour la présence du fameux épicéa de Pancic, espèce endémique découverte ici même au 19ème siècle.

Le Parc national de Tara mériterait sans doute un détour plus long pour explorer ses sentiers, ses gorges et ses points de vue (notamment le fameux Banjska Stena), mais nous manquons cruellement de temps pour en voir plus.

Jour 14 : Retour vers Belgrade

Nous quittons la station de Zlatibor vers 9h30, car nous avons environ 2h30 de route jusqu’à Belgrade. Nous faisons le trajet d’une traite et décidons de faire une pause sur l’île d’Ada Ciganlija, située sur le fleuve Sava. L’île est entièrement piétonne (des parkings sont à l’entrée), et aujourd’hui c’est l’un des espaces de loisirs les plus populaires des Belgradois. On l’appelle même parfois “la mer de Belgrade” : plages, sports nautiques, pistes cyclables, restaurants, cafés… tout y est. Nous avions prévu de manger sur place mais ne trouvons rien d’intéressant, alors nous préférons pique-niquer face à l’eau.

Après cela, nous allons à Novi Beograd et Zemun pour récupérer les clés de notre appartement. Ces deux parties de Belgrade se trouvent de l’autre côté de la Sava, dans une zone de la capitale que nous n’avions pas encore visitée. Novi Beograd est un vaste quartier moderniste construit après la Seconde Guerre mondiale, célèbre pour ses grands blocs d’appartements typiques de l’architecture yougoslave. Zemun, lui, est très différent : longtemps séparé de Belgrade et rattaché à l’empire austro-hongrois, il a gardé une ambiance mitteleuropéenne.

Après une petite pause, nous partons visiter le quartier de Zemun, en longeant le Danube. La promenade est agréable, entièrement piétonne et bordée de nombreux restaurants-bateaux appelés splavovi, typiques de Belgrade.

Nous montons ensuite jusqu’à Gardoš, la partie haute de Zemun, où les ruelles pavées et les maisons anciennes rappellent l’influence austro-hongroise. Nous atteignons la tour de Gardoš, construite en 1896 pour célébrer le millénaire de l’arrivée des Magyars dans la région. Depuis son sommet, la vue sur tout Belgrade est impressionnante.

Nous découvrons l’église Saint-Nicolas, puis les rues piétonnes du cœur de Zemun et la place de la République (à ne pas confondre avec celle du centre de Belgrade).

Après une pause au parc Gradski, nous allons acheter de quoi dîner chez Mama Sara, un restaurant turc proposant shawarmas et falafels, que nous dégustons ensuite tranquillement à la maison.

Jour 15 : Dernier jour en Serbie

Il ne nous reste qu’une matinée pour profiter encore un peu de Belgrade, et nous décidons de faire une dernière balade dans Zemun. Après le petit-déjeuner, nous allons voir le marché, en pleine effervescence : c’est le seul véritable marché que nous aurons l’occasion de voir durant tout le séjour, et l’ambiance locale est très agréable.

De retour à l’appartement, nous préparons nos valises avant de prendre la voiture pour rejoindre l’aéroport. C’est ainsi que s’achève notre voyage en Serbie.

Ces quinze jours en Serbie ont montré un pays bien plus riche et contrasté qu’on ne l’imaginait. Entre l’énergie débordante de Belgrade, la douceur de Novi Sad, les paysages grandioses des gorges du Danube et les villages où le temps semble ralentir, chaque étape a apporté son lot de découvertes. La Serbie n’est peut-être pas la destination la plus connue d’Europe, mais c’est justement ce qui fait tout son charme : une authenticité préservée, des habitants qui accueillent avec générosité. La Serbie est une terre discrète qui ne se dévoile qu’à ceux qui prennent le temps de la parcourir — et c’est peut-être ce qui la rend si attachante.

Les plus du voyage

  • Accueil chaleureux
  • Un excellent rapport qualité-prix
  • Une grande diversité des paysages

Les moins

  • La barrière de la langue dans les lieux moins touristiques
  • Un patrimoine peu mis en valeur

Publié par Gaelle T

Voyageuse dans l'âme, aventurière maintenant chevronnée, je continue ma route sur les chemins de traverse du monde...

Un avis sur « Serbie »

  1. ‌Merci pour ce compte rendu détaillé de votre voyage. Très intéressant sur un pays largement méconnu sur le plan touristique. Bravo d’avoir fait ce voyage avec Daphné.  Bises à tous  

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